Pourquoi de gaulle a démissionné en 1969 : un choix historique et politique
Le 27 avril 1969 marque une date charnière dans l’histoire politique de la France. Appelé à se prononcer par référendum sur la création de régions et la réforme du Sénat, le peuple français rejette le projet présidentiel avec 52,41 % de votes « non ». Cette défaite entraîne la démission immédiate du général Charles de Gaulle, président de la Ve République depuis 1959. Cette décision, loin d’être un simple retrait personnel, reflète un choix politique lourd de conséquences qui redéfinit durablement le paysage institutionnel et politique français. Le contexte de ce référendum est profondément marqué par une crise sociale et politique née des événements de mai 1968. Les tensions étudiantes et ouvrières, une majorité parlementaire affaiblie et une opposition de plus en plus structurée fragilisent le pouvoir gaulliste. Charles de Gaulle choisit alors de soumettre son projet directement au peuple, en engageant son avenir sur ce scrutin décisif. La démission qui suit est ainsi un acte de responsabilité mais aussi un symbole fort d’attachement à la souveraineté populaire qui constitue le socle de la Ve République.
- 1 Le contexte social et politique avant le référendum de 1969
- 2 Le déroulement du référendum et la défaite du général De Gaulle
- 3 Les raisons politiques et stratégiques explicatives de la démission en 1969
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Les impacts durables de la démission de De Gaulle sur la Ve République et la politique française
- 4.1 Pourquoi Charles de Gaulle a-t-il mis sa démission en jeu lors du référendum ?
- 4.2 Quel était l’objectif principal du projet de réforme de 1969 ?
- 4.3 Comment la crise de mai 1968 a-t-elle influencé le référendum ?
- 4.4 Quelles furent les conséquences immédiates de la démission de De Gaulle ?
- 4.5 Quelle influence durable la démission de De Gaulle a-t-elle sur la politique française ?
En bref :
- Le référendum du 27 avril 1969 porte sur la régionalisation et la rénovation du Sénat.
- 52,41 % des électeurs votent contre, provoquant la démission de Charles de Gaulle.
- Ce vote s’inscrit dans un contexte de crise sociale majeure liée aux événements de mai 1968.
- Le général de Gaulle engage son mandat sur ce scrutin, considérant le « non » comme une rejet personnel et politique.
- La démission marque un tournant historique qui redéfinit la politique française et la fonction présidentielle.
La fin des années 1960 est une période tumultueuse pour la France. Les événements de mai 1968 ont secoué profondément le pays. Partant des manifestations estudiantines à Nanterre et à la Sorbonne, ces mouvements ont rapidement trouvé un écho dans le monde ouvrier, paralysant une grande partie de l’activité économique. Cette contestation sociale tout autant qu’institutionnelle révèle un refus massif d’un système vécu comme rigide et éloigné des réalités vécues par une jeunesse et des classes populaires en quête de modernité et de reconnaissance.
Face à cette crise, Charles de Gaulle, alors président, tente de reprendre la main sur la situation. Il annonce dès le 24 mai 1968 son intention de recourir à un référendum visant à rénover le système universitaire, social et économique, cherchant à restaurer l’ordre tout en répondant aux aspirations populaires. Mais ce projet est d’abord reporté, et la France traverse un moment politique délicat marqué par des élections législatives anticipées en juin 1968. Ces élections confirment néanmoins une majorité pour l’Union pour la défense de la République (UDR), signant un soutien parlementaire encore solide pour De Gaulle, mais aussi des fractures croissantes dans la société.
En juillet 1968, le général dégage un nouveau gouvernement dirigé par Maurice Couve de Murville, jusqu’alors ministre des Affaires étrangères, dont la discrétion traduit la volonté gaullienne de recentrer le pouvoir exécutif. Cette phase est marquée par le retour à l’ordre mais aussi par des projets de réforme institutionnelle.
La problématique centrale portée au référendum est double : la transformation du Sénat en chambre consultative fusionnée avec le Conseil économique et social et la reconnaissance des régions comme collectivités territoriales dotées de larges compétences, notamment en urbanisme et équipement. Ce projet s’inscrit dans une volonté de modernisation profonde qui s’appuie aussi sur une conception gaullienne de la décentralisation, visant à mieux associer les acteurs locaux et professionnels à la gouvernance nationale.
Le choix de la procédure référendaire, fondée sur l’article 11 de la Constitution, est cependant controversé. L’opposition critique l’absence préalable d’un débat parlementaire approfondi et réclame le recours à l’article 89, réservé à la révision constitutionnelle. Pour couper court à ces critiques, De Gaulle fait savoir qu’il quittera ses fonctions si le « non » l’emporte, en posant ainsi un véritable ultimatum politique.
Les enjeux du référendum : pouvoir, régionalisation et Sénat
Ce référendum ne se limite pas à un simple vote sur des réformes institutionnelles. Il incarne aussi un test de confiance directe envers le chef de l’État. La dimension politique personnelle est en effet immense, car le « oui » est perçu comme un soutien à la continuité gaulliste, tandis que le « non » devient un désaveu personnel et un signal de rejet de la politique menée depuis un decade.
Le soutien aux régions repose sur l’idée que la France doit s’adapter aux enjeux modernes du développement territorial. Les régions, en devenant des collectivités territoriales, pourraient exercer des responsabilités accrues en matière d’aménagement, d’économie locale, et d’éducation, renforçant ainsi la démocratie locale. Ce projet est inédit en France, où la tradition jacobine privilégie une centralisation forte. La réforme du Sénat vise à en faire une chambre dont le rôle serait consultatif, réduisant son poids politique, et fusionnant ses fonctions au sein d’une nouvelle entité.
Ce choix reflète la volonté de De Gaulle de dépoussiérer les institutions et d’adapter la Ve République aux défis contemporains. Tout en préservant un pouvoir présidentiel fort, le général défend une vision innovante et pragmatique, confrontée cependant à une résistance politique née de la peur d’une dilution des pouvoirs locaux et d’une réduction de la place des élus sénatoriaux.

Le déroulement du référendum et la défaite du général De Gaulle
À mesure que le référendum se rapproche, le débat s’intensifie. La campagne électorale tourne rapidement autour de la question centrale : faut-il maintenir De Gaulle au pouvoir ? La réforme institutionnelle devient le prétexte à un référendum sur la légitimité de son action.
Dans les quinze derniers jours précédant le vote, les sondages oscillent entre optimisme et incertitude, donnant encore le « oui » favori avec environ 55 % des intentions de vote. Pour une grande majorité des Français, il s’agit d’un choix entre la continuité d’un régime qu’ils connaissent et un contraste avec une opposition fragmentée mais déterminée à capitaliser sur le mécontentement social et politique.
Le 27 avril 1969, une participation massive de 80 % marque l’importance du scrutin. Lorsque les résultats tombent, le verdict est sans appel : 52,41 % des voix se prononcent contre le projet. Ce rejet est d’autant plus significatif que la majorité présidentielle espérait une légitimité renforcée à son action. À l’opposé, le « non » devient une revendication de changement et un signe d’usure du pouvoir gaulliste.
Dans la nuit, De Gaulle, fidèle à sa parole solennelle, annonce dans un communiqué officiel sa démission, prenant effet le lendemain à midi. Cette décision crée un véritable séisme institutionnel en France. Le président du Sénat, Alain Poher, assure l’intérim. Une page se tourne dans l’histoire de la Ve République.
Conséquences immédiates et symboliques de la démission
La démission de De Gaulle n’est pas seulement un geste d’honneur personnel, elle exprime un profond respect pour la démocratie et la souveraineté populaire, malgré la tension politique. Ce retrait, dans un contexte aussi dramatique, offre au pays une transition pacifique en pleine crise.
Elle déclenche une vague de réflexion sur la nature même du pouvoir présidentiel et sur la place des institutions. Les élections présidentielles anticipées qui s’ensuivent voient l’émergence de nouveaux leaders politiques et la montée en puissance d’une nouvelle génération qui devra relever les défis laissés en suspens.
Par ailleurs, la réforme territoriale, bien que rejetée, ne disparaît pas. Elle sera reprise et adaptée, notamment par la loi Defferre de 1982, qui instaurera définitivement les régions comme collectivités territoriales. Le Sénat retrouve, quant à lui, sa place traditionnelle de chambre haute du Parlement, conservant une influence notable, mais sans le rôle consultatif élargi voulu par De Gaulle.
Les raisons politiques et stratégiques explicatives de la démission en 1969
Le choix de démissionner s’inscrit dans une stratégie politique complexe qui dépasse l’apparence d’un échec personnel. Charles de Gaulle manifeste à travers cet acte une conception rigoureuse de la responsabilité politique, dans laquelle un refus populaire entraine la remise en cause profonde du mandat donné.
Plusieurs éléments expliquent cette décision :
- Un mandat fondé sur la confiance populaire : De Gaulle interprète le « non » comme une rupture du contrat moral avec les Français.
- La volonté d’éviter une crise institutionnelle majeure : la démission vise à garantir une transition ordonnée sans remettre en cause la stabilité politique.
- L’impact des défis internes et externes : des tensions au sein du gouvernement et des transformations internationales mettent un poids supplémentaire sur son leadership.
- Le rejet d’une opposition renforcée : en démissionnant, De Gaulle cherche aussi à mettre fin à une période où son autorité est contestée.
- Le symbole du respect du référendum : en tenant parole, il affirme la primauté de la souveraineté populaire et le rôle fondamental du référendum dans la Ve République.
Cette démission est dès lors perçue comme un choix historique, reflétant une vision institutionnelle où le pouvoir est in fine subordonné à la volonté des électeurs. Elle instaure une norme politique majeure pour l’avenir, définissant un précédent dans la manière de gérer l’échec politique à ce niveau.
Le poids des contestations et de la crise de mai 1968
Indissociable de cette démission, la crise sociale de 1968 a profondément fragilisé la légitimité du pouvoir gaulliste. La jeunesse et la classe ouvrière, par leurs mobilisations, ont montré leurs attentes d’une société plus ouverte et plus démocratique. De Gaulle, bien qu’adaptant son projet à ces revendications, se heurte à une radicalisation de certains mouvements et à une défiance qui dépassent le cadre institutionnel.
La contestation s’installe également parmi les parlementaires, et même au sein de son propre camp politique, où s’expriment des tensions et des critiques sur la stratégie adoptée. Cette ambiance rend la tâche du président quasi insurmontable, créant un contexte où l’échec référendaire devient inévitable.
Les impacts durables de la démission de De Gaulle sur la Ve République et la politique française
Au lendemain de sa démission, la France entre dans une phase de recomposition politique. Le départ du général, figure emblématique de la République, ouvre un vide symbolique mais aussi institutionnel dont les effets se font sentir encore aujourd’hui.
Sur le plan politique, cette période voit un renouvellement des forces en présence et l’émergence d’un après-gaullisme marqué par des débats intenses sur la nature du pouvoir et sur les orientations économiques et sociales du pays. Le successeur, Georges Pompidou, doit gérer une Ve République désormais sensibilisée aux limites du pouvoir présidentiel et aux exigences démocratiques issues de la société civile.
Institutionnellement, la réforme territoriale, portée par De Gaulle et rejetée en 1969, sera reprise à travers la loi Defferre qui institue en 1982 la régionalisation effective, signant la transformation progressive du régime jacobin français en un système plus décentralisé. Le Sénat, quant à lui, conserve certes ses fonctions de chambre haute, mais sa réforme profonde reste un chantier inachevé, soulignant la complexité des changements nécessaires dans une démocratie en mutation.
| Aspect | Avant 1969 | Après la démission de De Gaulle |
|---|---|---|
| Régions | Statut limité, établissements publics | Collectivités territoriales (depuis 1982) |
| Sénat | Chambre législative avec poids politique important | Chambre haute traditionnelle, rôle non fusionné avec Conseil économique et social |
| Présidence | Autorité forte et personnalisée | Transition vers un pouvoir plus nuancé |
Au-delà des changements institutionnels, la démission du général De Gaulle est également un moment fondateur dans l’histoire démocratique française. Elle illustre la primauté de la souveraineté populaire sur les personnalités politiques et renforce la légitimité des mécanismes référendaires dans la Ve République. En 2026, cette leçon demeure une référence pour comprendre les équilibres entre pouvoir, peuple et institutions dans une démocratie moderne.
Pourquoi Charles de Gaulle a-t-il mis sa démission en jeu lors du référendum ?
Charles de Gaulle considérait le référendum comme un vote de confiance. Il avait promis de démissionner si son projet était rejeté, estimant que son autorité ne pouvait perdurer sans le soutien populaire.
Quel était l’objectif principal du projet de réforme de 1969 ?
Le but était de rénover les institutions françaises en transformant le Sénat en une chambre consultative et en créant des régions comme collectivités territoriales dotées de compétences élargies.
Comment la crise de mai 1968 a-t-elle influencé le référendum ?
Les événements de mai 1968 ont mis en lumière une profonde crise sociale et politique, affaiblissant la majorité présidentielle et accentuant les tensions à l’approche du référendum.
Quelles furent les conséquences immédiates de la démission de De Gaulle ?
Sa démission a ouvert la voie à une transition institutionnelle pacifique, assurée par le président du Sénat Alain Poher, et à des élections présidentielles anticipées.
Quelle influence durable la démission de De Gaulle a-t-elle sur la politique française ?
Elle a initié une évolution vers plus de décentralisation avec la reconnaissance des régions et a renforcé la légitimité du référendum comme outil démocratique dans la Ve République.

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